De La Fontaine, je boirai de ton eau – Les Deux Pigeons
Qui ne connaît pas les Fables de La Fontaine ? Mais saviez-vous qu’il en existe plus de 200 ? Certaines sont connues de tous, alors que d’autres le sont beaucoup moins. Mais elles sont pour la plupart toujours d’actualité. Chaque semaine, nous vous proposons une réflexion, un regard, sur une des fables de La Fontaine.
Les Deux Pigeons
Pierre qui roule n’amasse pas mousse. L’amour est une aventure si intense et si prenante qu’une fois qu’elle s’est installée, on a peur de s’ennuyer, et déjà on veut repartir à la découverte d’une autre contrée à explorer. Comme si terre promise, la voilà déjà conquise — et de son drapeau planté, un autre aussitôt est empoigné, car il y a de ceux pour qui les bouées sont caps à franchir et non à ne point dépasser.
Le goût de l’inconnu est encore meilleur lorsqu’il est partagé. Pourquoi, alors, s’en remettre à la solitude? À vouloir se complaire en soi-même plus que tout le reste? C’est dans les yeux de l’autre que se cache l’émerveillement, car un cri se disperse sans personne pour l’entendre, ou pire encore, il tombe dans l’oreille d’un sourd. De là, peut-on dire de lui qu’il a existé si personne ne peut en témoigner?
Certes, nous sommes tous notre propre priorité, et nous nous devons à ne pas être dépendants de nos prochains comme le sont les nouveau-nés — mais attention à ne pas le jeter avec l’eau du bain. Si nous sommes fait pour être seul, alors pourquoi cela prend-il deux humains pour en faire un troisième?
N’est-il pas bien triste, le destin de l’être qui n’a de bras pour l’étreindre à son arrivée? Qu’en est-il de l’autre, qui ne peut jamais rester; pour qui une cage, c’est l’immobilité? Qu’y a-t-il tant à toujours chercher ailleurs; pour quelques jours, pour quelques heures? Le vagabond imagine une prison. Les liens le retiennent, et ne sont faits que pour être coupés.
Mais le cœur est une maison qui, sans entretien, s’effondre; où l’on ne veut plus rester.
Il n’en tient qu’à nous d’être plus grand que soi. Ne soyons pas avides de nous-mêmes. Après tout, nous sommes aussi contrées — qui, par nos semblables, restent inexplorées; landes fertiles où s’y installer.
Ne restons pas dans la hantise d’avoir été trahie, ou d’avoir échoué; d’avoir manqué, ou d’avoir oublié; d’être vite parti, ou trop longtemps resté.
Où se cache cette terre promise? Personne ne peut le dire — mais elle existe, puisque nous la recherchons tous. Sans doute n’aura-t-elle pas l’allure de nos rêves les plus fous. Mais, si vous le voulez bien, elle sera encore mieux.
Extrait marquant
« Soyez-vous l’un à l’autre un monde, toujours beau, toujours divers, toujours nouveau. »
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