J'Habiterai le vent - Une

J’habiterai le vent – La résilience au souffle de la liberté

Après avoir conquis le cœur des adolescents avec ses séries cultes comme Ma vie de gâteau sec, Élizabeth Baril-Lessard franchit un cap important de sa carrière. Avec J’habiterai le vent, publié aux Éditions Hurtubise en ce début d’année 2026, l’autrice propose son tout premier roman destiné à un public adulte. Elle y délaisse les couloirs du secondaire pour explorer les territoires plus vastes, et parfois plus arides, de la jeune maturité, de la maternité en solo et de la reconstruction de soi.

Un accouchement entre deux mondes

J'habiterai le vent - Cover

L’intrigue s’ouvre sur un paradoxe émotionnel d’une grande violence. Alors qu’Ella, 19 ans, s’apprête à donner la vie à sa petite Gigi, elle reçoit le coup de grâce : Will, le père de l’enfant et l’homme qui occupait tout l’espace dans son existence, l’a quittée. C’est dans ce chaos, entre les contractions et l’absence, que commence le voyage d’Ella.

Seule à Québec, sans le filet de sécurité qu’elle imaginait, la protagoniste doit apprendre à devenir mère tout en apprenant, enfin, à devenir elle-même. Car c’est là le cœur du récit : comment exister quand on a toujours défini son identité à travers le regard de l’autre?

Une plume sensible et authentique

Elizabeth Baril-Lessard
Elizabeth Baril-Lessard

On retrouve dans J’habiterai le vent cette voix si particulière qui a fait le succès de Baril-Lessard : une lucidité désarmante, teintée d’une touche d’humour qui vient désamorcer la tragédie. L’autrice ne tombe jamais dans le pathos. Elle décrit avec une précision chirurgicale la fatigue de la nouvelle mère, le poids de la solitude, mais aussi la beauté des petites victoires quotidiennes.

Le titre lui-même évoque cette légèreté conquise. Habiter le vent, c’est accepter de ne plus être ancrée par le poids des attentes sociales ou amoureuses. C’est accepter le mouvement, l’instabilité, et transformer cette fragilité en une force de propulsion.

La force de la famille choisie

L’un des aspects les plus touchants du roman réside dans la place accordée à la « famille choisie ». Devant l’effritement des liens traditionnels, Ella voit se dessiner autour d’elle un nouveau réseau de soutien. À travers des rencontres marquantes et des amitiés solides, le roman célèbre ces mains tendues qui nous permettent de ne pas sombrer.

Baril-Lessard explore avec brio l’anxiété — un thème qui lui est cher — mais la transpose ici dans un contexte de survie émotionnelle. Le lecteur suit le cheminement d’une femme qui, en s’occupant d’un être minuscule, finit par trouver le courage de s’occuper de son propre bonheur.

Pourquoi le lire?

J’habiterai le vent est un roman nécessaire qui s’adresse à tous ceux qui ont déjà eu l’impression de perdre leurs repères. C’est une œuvre lumineuse malgré les tempêtes qu’elle traverse. Élizabeth Baril-Lessard prouve qu’elle maîtrise l’art du récit adulte avec la même aisance que la littérature jeunesse, offrant une histoire de résilience qui reste en tête longtemps après avoir refermé la dernière page.

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