JEAN DE LAFONTAINE - Ecrivain

de la Fontaine, je boirai de ton eau – L’Âne chargé d’éponges et l’Âne chargé de sel

Qui ne connaît pas les Fables de la Fontaine? Mais saviez-vous qu’il en existe plus de 200? Certaines sont connues de tous, alors que d’autres le sont beaucoup moins. Mais elles sont pour la plupart toujours d’actualités. Chaque semaine, nous vous proposons une réflexion, un regard, sur une des fables de la Fontaine. 

L’Âne chargé d’éponges et l’Âne chargé de sel

Tout gens voulant de bonnes son opinion à propos des mœurs à entretenir, et qui souhaite se faire élire, s’exprimera fièrement sans peur aucune que tout un chacun devrait être traité également. Toutefois, plutôt que de succomber aux lapalissades si aisément prononcées de tout flatteur vivant au crochet de celui qui l’écoute, ne devrions-nous pas plutôt s’interroger sur la manière d’y arriver? Que veut dire ‘’également’’ de toute façon ? Puisque sans en affecter notre valeur nous ne sommes pas tous la même unique personne.

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N’est-ce pas plutôt… qui nourrit notre amertume de ceux qui ont la main tendue pour qu’on l’aide à se relever. À la place, on offre un couinement nerveux, un petit saut de côté, un regard fuyant ; puis l’on repart en se disant : ‘’Il vaudrait mieux apprendre à se relever de son propre chef’’. Ah! L’implacabilité de la sagesse lorsqu’elle peut s’appliquer à la paresse, elle peut même se complaire à penser que l’on s’adresse de la sorte pour le bien de son prochain. Apprenez à un homme à pêcher et il aura tous les jours de quoi manger, je le veux bien, mais où sont les cordes et les bâtons, les rivières et les poissons ?

Il est dit que nul ne devrait faire à autrui ce qu’il n’aimerait soi-même qu’on lui fasse. Pourtant, c’est à peine que ces problèmes que nous nions tant chez nos voisins nous tombent sur le nez et déjà le mal nous prend à respirer. On nous a tout pris : canne, filet, poisson, maison ; tout fut emporté. Chacun se défend à sa façon, ‘’ ce n’est pas la même chose’’, que nous empressons de répéter à ceux dont les yeux se détournent maintenant des nôtres. Qu’on appelle les ministres, les évêques, les savants, les dieux et même les fous; qui à son tour daignera venir à notre secours? L’ironie de mettre tout être sur un pied d’égalité est aussi de refuser qu’il y aille humains dans l’humanité; que chacun subit la réalité à sa façon et qu’il n’en revient pas à nous d’en juger. Après tout, personne n’habite exactement le même endroit au même moment.

Si nous acceptons d’être unique – avec nos forces et nos faiblesses – et d’avoir notre intériorité qui nous est propre, nous nous permettons également de reconnaître cette part unique et subjective chez les autres; cette part qui ne nous appartient pas. Le plaisir de la vie c’est de pouvoir découvrir ses mystères; et quoi de plus intriguant qu’un esprit humain? Peut-être qu’ainsi nous arrêterons de se poser sans cesse cette même question qui ne mérite pas de réponse : Pourquoi ne fais-tu pas comme tout le monde ?

Extrait marquant

« Camarade épongier prit exemple sur lui, comme un mouton qui va dessus la foi d’autrui. »

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